Ces livres aux formats un peu absurdes sont des expérimentations réalisées lorsque j’étais étudiante et que je me penchais sur le rapport fond / forme, contenu / contenant des livres.
Mon projet de diplôme en DNSEP avait pour intitulé « l’objet du livre » et j’ai expérimenté de nombreuses mises en forme.

Parfois en partant d’une contrainte formelle, d’autres fois en partant d’un texte ou d’un ouvrage que j’affectionnais et qui méritaient à mon sens d’être revisités sur leur « format » de publication.

Des femmes qui tombent de Pierre Desproges
Seul roman écrit par cet humoriste dont j’admire le style littéraire. Cette histoire absurde et rocambolesque, bourrée de cynisme dépeint en diagonale les bassesses humaines, et c’est réjouissant.
Ce livre est une forme d’hommage à son humour.

Le livre a à peu de choses près les dimensions d’une baguette de pain française. Je me suis permise une introduction-préface avant le texte de Desproges.
On commence évidemment par le Chapitre « sans précédent ». Les chapitres suivants semblent être en chiffres romains jusqu’au n°III, et puis en fait non… ce ne sont que des bâtons.

La mise en page du texte intégral sont des colonnes d’un demi-mètre dont la lecture fait doucement tomber la tête. Comme si on regardait la chute d’un corps. Échauffement des cervicales garanties!

J’ai graissé certains mots au fil du récit comme pour provoquer une lecture rapide « en diagonale » (si quelqu’un lisait par dessus votre épaule, il se ferait une idée fausse du contenu). Le vocabulaire de Desproges est tel que ces seuls mots influencent l’idée que l’on pourrait de faire du livre. Et d’un chapitre à l’autre, on pourrait croire à un roman d’amour délicat, ou à un récit pornographique plutôt cru.

Le « colophon » est une étiquette. 100% ton con. Lavage: second degré, pas plus. Imprimé sur papier bouffant, ah ah, évidemment.

Politique étrangère de Lewis Trondheim & Jochen Gerner
Une revisite du format de cette bande dessinée qui fonctionne sur un enchaînement de cases carrées dans laquelle on pouffe quasiment toutes les 4 cases.

Le livre fait 5 cm de large et 7 cm de haut… mais aussi 12 cm d’épaisseur.
Et il fait près de 9 mètres de long une fois déployé.

J’ai imaginé une mise en forme dans laquelle chaque case tient sur une page. Le format est petit mais la totalité de ce livre accordéon mesure près de 9 mètres. La manipulation cet objet un peu absurde (comme le ton de cette BD) et instable provoque de nombreuses chutes (ce qui se passe environ toutes les 4 cases).

L’OuReliPo ou l’OuÉdiPo: Ouvroirs à la Reliure ou à l’Édition Potentielle.
Que se passe-t-il si le dos d’un livre n’est pas rectangulaire? Qu’est-ce que cela modifie dans le reste de l’ouvrage et dans sa manipulation?
Des questions et des expérimentations que j’ai menées sur la forme avant la réflexion sur le fond qui pourrait s’associer.

Reliure avec un dos trapézoïdal. Pour que le livre puisse s’ouvrir, j’ai dû jouer sur les mors (les gouttières permettant l’ouverture du livre) qui n’ont pas la même largeur sur le haut et le bas du livre. Les plats de couvertures ont également des épaisseurs différentes de haut en bas.
Ici le dos est un parallélogramme non rectangulaire. Cela entraîne le décalage des plats de couverture qui ne sont plus l’un en face de l’autre. Le corps d’ouvrage avec les pages glissent donc de l’un à l’autre et les tranches ne sont plus parallèles.
Cette « forme » demande à être investie par un contenu qui glisse, dérape, se décale. L’objet est un peu dérangeant dans la main, on a instinctivement envie de le remettre bien droit.
Ici, le dos est discontinu. Le livre a donc un « trou », un manque dans les plats de couverture ainsi que dans le corps d’ouvrage.
C’est finalement un livre fenêtre dans lequel on peut tout y mettre. En l’explorant, vous explorez ce qu’il y a en face de vous… Une sorte d’album photo éphémère de l’instantané. L’histoire qui s’y raconte est forcément celle de votre vie.