Livre d’artiste aux dimensions du savon traditionnel de Marseille avec à l’intérieur une histoire que j’ai écrite, illustrée par des linogravures de ma sœur Caroline. Reliure accordéon avec petite odeur de savon…
36 pages – 8 x 8 x 8 cm – Boîte en carton bois et reliure leporello.
Deux versions existent: Une version « tirage de tête » avec impression du texte en clichés polymères et linogravures originales, inédité en 20 exemplaires numérotés (prix de vente 80€).
Un tirage plus accessible (prix de vente 50€), l’intérieur est imprimé en jet d’encre (mais la boîte est aussi imprimée sous presses typographiques).

Marcelle, elle a soixante-douze-neuf ans.
Ou peut-être plus, ça dépend des gens.
Avant, Marcelle, elle était vachement coquette, quand elle vivait avec son népoux.
Mais son népoux il est parti, parce qu’il a eu un fractus. Il est tombé raide dans la gadoue.
Alors Marcelle elle est toute seule. Elle veut plus voir personne.
Et pis Marcelle elle est toute sale. Je crois pas qu’elle se savonne.
Marcelle elle sent comme une église. Ça donne pas envie de lui rendre visite.
Elle se maquille plus, elle change plus ses habits, elle met plus de sent-bon. Elle sent les vieux chaussons.
Elle a plus envie. Elle mange plus beaucoup. On dirait elle rétrécit. Elle doit avoir mal au cou.
Je crois que Marcelle elle veut aussi un fractus et tomber au fond de la gadoue.
Marcelle, elle dit toujours « Ah, si mon Dédé il était là… ». C’est sûr, la Marcelle elle en serait pas là.
Et ben moi je crois que c’est parce que Dédé, y prenait soin d’elle.
Peut-être Marcelle elle sait pas se laver. Peut-être elle a plus de savon.
Peut-être elle sait pas où en acheter.
Alors un jour j’ai posé un savon sur le rebord de la fenêtre à Marcelle, avec un petit mot.
Dessus le mot, j’ai écrit: «De la part de ton Dédé».
Ce matin, j’ai croisé la Marcelle. Ça faisait longtemps.
Elle sortait de l’église, et elle sentait drôlement bon.